FRANCIS MIZIO'S PINK FLAMINGO

"Le flamant rose est sans doute l'oiseau qui exprime le mieux ce que sont ces hommes qui aiment à consigner ou enchanter par écrit ce qu'ils voient autour d'eux : il a une patte levée dans l'air du temps, et l'autre qui demeure plantée dans le limon du réel. Sur le haut de sa tête son regard comme souvent effaré sur ses congénères balaie les environs sans donner l'impression de bien les comprendre. Mais on sent qu'il est attentif, qu'il essaie de les interpréter.
De temps à autre, il plonge le bec dans le courant et en filtre des animalcules charriés par le courant de la vie. C'est ce qui le nourrit. C'est sans doute ce qui lui donne ses couleurs si particulières (...).
Cet oiseau étrange suscite la sympathie chez l'être humain qui ne se lasse pas de le contempler sans percer ses mystères. On dit qu'il peut même déclencher chez l'homme des comportements curieux de mimétisme ou de jeu. Son plumage tantôt rose pâle, tantôt de feu comme l'ont rapporté certains navigateurs inspirerait déjà des aedes commes des peintres, des danseurs comme des femmes libres. Son envol, empreint de grâce maladroite est, de la même façon, celui de l'homme : trop rapide, encombré, mais à l'envergue et l'énergie des héros mortels qui essaient de rejoindre les Dieux.
Un jour peut-être le monde se saisira du flamant rose et le prendra comme emblême ou comme un signe de beauté universelle et de sens commun. On le verra alors partout : sur la robe des sénateurs comme celle des courtisanes, les frontons des temples, dans l'intérieur des villas.
Alors le monde connu aura atteint soit sa plénitude, soit sa fin".
Pline l'ancien (Côme, 23 ap. JC ; Stabies, 79 ap. JC)
L'histoire Naturelle. Livre X. Les Oiseaux (trad. Christian Dufour).

"Tu vois, des fois, je me sens comme un animal, tu vois. Des fois, je me sens comme, tiens, te marre pas, mais comme un flamant rose, tu vois. C'est pour ça que j'ai pris ce nom. Ils se foutent de moi dans le hip-hop, mais fuck, tu vois ? Fuck les mecs avec vos blazes de gangstas bidons. Moi j'ai une vision, tu vois ? Tu vois car c'est pas le truc rose parce que dans le hip-hop nous on est plutôt macho, les gonzesses, les bagnoles, les bijoux... Le blé, tu vois. Mais le flamant rose parce que je sais pas, j'ai une patte en l'air comme ça et je regarde ce qui se passe dans la cité. Et j'ai envie de donner des coups de becs tu vois dans tout ça. Pas aux grenouilles, pas aux mecs qui nagent dans la mare, tu vois, mais aux keufs, au système. J'ai envie de plonger la tête là-dedans et de trier la merde du bec, de m'en nourrir. C'est ma dope. C'est ça que je chante. L'énergie rap c'est ça, tu vois. ... Mais toujours une patte en l'air, la tête bien au-dessus. Je veux pas rester total dedans, sinon ça va me bouffer, tu vois. Mes couleurs de rappeurs elles viennent de là, tu vois, la merde qu'il y a dans le groove de la cité, ça me nourrit en sorte et je transforme ça en couleurs vives. Qu'on nous voit, là tous, dans la mare et qu'on se dise : les ceums, ils sont forts, ils arrivent à s'embellir dans leur merde. C'est pour ça le nom de dirty flamingo, c'est pour ça. Tu vois ?"
"Ja dirty flamingo" (aka Franck Mercier, chanteur des CBB, City's Bloody Bastards). Extrait de l'nterview à Hip-hop magazine, juin 2007.

 

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