Les saigneurs : pièce de théâtre disponible (drame – 2 personnages)

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J’ai le plaisir (en fait le regret) de vous annoncer que j’ai décidé de « libérer » une pièce de théâtre écrite par moi (avec l’aide du metteur en scène Dominique Champetier) il y a bientôt 5 ans.

Cette pièce, considérée par de nombreux professionnels du théâtre comme, pas moins, « un chef d’œuvre », un texte « inoubliable », « génial » et qui a connu pas moins d’une quinzaine de versions avant d’être aboutie (et déclenché aussi une dépression chez moi), n’a pas trouvé producteur durant toutes ces années malgré l’engagement et l’énergie très importants du metteur en scène Dominique Champetier, et de ses deux acteurs pressentis Thomas Chabrol et Stéphane Boucher ; acteurs parfaits pour chacun des rôles, que je remercie encore ici. Ces derniers, très motivés, l’ont lue des dizaines de fois devant des parterres de professionnels et de producteurs des plus éminents (notamment à la Gaité Montparnasse, au Théâtre de la Renaissance, etc.) afin de trouver un producteur, au point à la fin quasiment de la jouer tant ils connaissaient le texte.

Elle a bénéficié aussi fut un temps d’un fort engagement (voire démesuré) de Bernard Pierre Donnadieu l’année précédent son décès. Il y voyait un (dernier?) grand rôle pour lui qui était obsédé par le film Looking for Richard (documentaire d’Al Pacino extraordinaire), le personnage de Richard III et Le Discours de La Servitude volontaire d’Etienne de la Boetie.

Cette pièce n’a pas été produite malgré moult rebondissements et l’engagement à la fin d’un grand producteur de théâtre parisien parce que considérée comme trop déprimante, trop grave, sinon trop politique ou subversive, eu égard à une économie du théâtre qui cherche plutôt « ce qui marche » et remplit donc le théâtre privé avec de la comédie et des têtes d’affiche. (Elle a été lue par bien des acteurs actuels dits bankable sur conseil de leur agent (on sera discret sur les noms, même s’ils se disent toujours politiquement concernés, qui l’ont trouvée remarquable, mais le texte n’entrait, en quelque sorte, pas dans leur « profil de carrière »). Sans doute notre tort a-t-il été de ne vouloir la monter que dans le théâtre privé, avec des jauges assez importantes : et personne n’a pris le risque financier.

Bon alors, ça raconte quoi ? 
Cette pièce, qui est ma dernière tentative à l’époque d’écriture de fiction à visée professionnelle après mes déboires dans l’édition et le cinéma, m’a été inspiré d’un des films qui m’a le plus fasciné dans la vie : Le Limier de Mankiewicz (scénario d’Harold Pinter), adaptant la pièce éponyme d’Anthony Schaeffer. Sachant que je suis, en terme de théâtre, sous l’influence de la pièce Oleanna de David Mamet, du théâtre de Tennessee Williams et de celui, encore lui, d’Harold Pinter (et de ses scénarios, notamment The Servant, de Joseph Losey), et enfin du Souper de Jean-Claude Brisville. Seule m’intéresse au théâtre la rencontre entre deux personnages (trois max), au-delà, c’est du divertissement. Pourquoi ? Parce que toute chose : une histoire d’amour, une guerre ou une crise mondiale, ou je ne sais quoi comme un passage une demi heure dans une piaule du Fouquet’s après une élection présidentielle, est peu ou prou décidé à un moment ou un autre par l’interaction entre deux personnes. Et ça, c’est intéressant. Le reste, c’est de la 3D.

Bref. Voici le pitch de « Les Saigneurs » (titre trouvé par Dominique Champetier) pièce en deux actes, intitulée au départ « Win-Win » (« Gagnant-Gagnant », mais il paraît que cela faisait trop « Pouic Pouic »), mais passons :

Le DRH d’un grand groupe industriel, quinquagénaire autodidacte monté dans l’entreprise échelon par échelon, a mis en place une politique de pressurisation de tous les cadres, à tous niveaux, de sa société. Le personnel est à cran, mais la production et la valeur de l’action s’en portent remarquablement. Arrive un audit, fils de grande famille parachuté au conseil d’administration restreint, plus jeune, qui lui explique que s’en est fini pour lui car la concurrence a fait mieux l’an dernier en terme de valeur de l’action, lors du paiement de dividendes. Comment ? Ils ont eu des suicides de grands cadres, et leur service communication a réussi a inverser l’image en plaidant l’engagement ultime pour le consommateur, prouvant au marché que leur entreprise fait tout pour être la meilleure. L’actionnaire a suivi et la concurrence s’est vue valorisée sur le marché. Or, dans l’entreprise pressurée par notre DRH il n’y a pas eu de suicide de cadres. Le marché peut craindre que l’entreprise soit molle et s’en désintéresser. L’audit veut donc, afin de rattraper le coup et de faire comme la concurrence, qu’il y ait un suicide de haut cadre chez eux aussi. Pour ce faire il communique au DRH une liste de types à cran sur lesquels il n’y a plus qu’à appuyer. Le DRH refuse, alors l’audit décide de le persuader que c’est à lui de se suicider : d’une part pour son bien et pour avoir une sortie de carrière honorable car il est à bout de souffle, d’autre part pour l’entreprise et donner un sens, du coup, par cet engagement ultime, à sa carrière…

Je précise que ce texte était terminé dans une de ses versions des plus abouties un an avant les premiers suicides chez France Telecom.

Deux acteurs ; un seul plateau, peu d’accessoires et décors

Je mets ce texte à disposition. Toutefois, compte tenu de ses mésaventures douloureuses et en hommage à l’engagement mémorable dont ont fait preuve Dominique Champetier, Thomas Chabrol et Stéphane Boucher toutes ces années je préfère prévenir que cette pièce n’est pas bradée. Je ne communiquerai le texte :
– que si seulement on me fait la preuve d’être une structure, une compagnie, une scène, une troupe sérieuse et ambitieuse, professionnelle. Si vous faites habituellement du Boulevard, c’est inutile. Les rôles sont durs et soutenus ; il faut du métier.
– que si on me garantit que le message politique implicite ne sera pas détourné (ce n’est pas frontalement politique, jamais. L’ambition première est de plaquer au fauteuil les spectateurs assistant à l’affrontement, et se voyant renvoyés à leur propre vécu d’entreprise). toutefois si des adaptations du texte sont nécessaires, je ne ferai pas de crise d’égo ; je ne suis pas un auteur chiant. Mais je ne veux simplement pas me retrouver avec une comédie qui valide le système.
– que tout pourra être contractuellement fait dans les règles de l’art. Les droits d’auteurs seront répartis entre Dominique Champetier et moi-même. Cette pièce est déposée.

Voilà. On peut m’écrire ici : francismizio@wanadoo.fr