Les flamants roses d’Afrique vont-ils perdre leurs paradis « toxiques » ?


Les menaces qui pèsent sur les lacs salés du continent africain n’ont cessé de s’intensifier ces dernières années. Une très mauvaise nouvelle pour un de leurs hôtes, le flamant.

Un article de M. Paul Rose et en creative common tiré de The Conversation.
Image du haut : Matthieu Gallet


Différentes espèces de flamants ont, en effet, su s’adapter aux conditions les plus extrêmes présentes dans les lacs et lagons hypersalins ou encore les étendues salées de haute altitude. Une espèce en particulier, le flamant nain, a poussé très loin cette capacité d’adaptation.

On trouve ces oiseaux dans les lacs extrêmement alcalins de la grande vallée du Rift, où prospèrent de microscopiques algues bleu-vert appelées cyanobactéries. Ces plantes toxiques produisent une substance chimique qui, chez la plupart des êtres vivants, peut endommager mortellement les cellules, le système nerveux et le foie. Mais les flamants nains en consomment d’énormes quantités sans subir de tels effets, hormis la couleur de leur plumage due au pigment contenu dans l’algue.

Du Kenya à la Tanzanie

Parmi les habitats favoris des flamants nains, on trouve le lac Bogoria au Kenya et le lac Natron en Tanzanie. Ces deux étendues d’eau hautement salées représentent des zones très dangereuses pour presque toute forme de vie ; l’eau du lac Natron peut ainsi détruire la peau délicate des êtres humains !

Mais pour les flamants nains, ces sites sont une véritable aubaine. Leur épiderme particulièrement robuste et leurs longues pattes leur évitent ces brûlures ; ils peuvent en outre consommer de l’eau presque bouillante, ce qui les autorise à s’approvisionner en eau douce dans les sources chaudes et autres geysers situés en bordure de lac. En cas de pénurie d’eau douce, ils utilisent leurs glandes situées au niveau de la tête pour dessaler l’eau en rejetant le sel hors de leur cavité nasale.

Vu le nombre plus que restreint d’animaux capables de survivre dans de telles conditions, la lutte pour la nourriture ne pose ici pas problème et les flamants nains y élisent domicile par dizaines de milliers.

À l’heure du repas sur le lac Boringa. Gudkov Andrey/Shutterstock

De tels rassemblements présentent plusieurs avantages. Il y a d’abord ces nidifications simultanées en masse qui permettent aux flamants nains d’assurer leur descendance ; et les jours de météo agitée, ces milliers d’oiseaux nageant ensemble peuvent créer une zone d’eau stable au centre du groupe, indispensable pour pouvoir chercher de la nourriture. Leur présence nombreuse rend également la tâche difficile aux prédateurs, comme les hyènes et les chacals, qui ne peuvent plus identifier ni isoler les individus les plus vulnérables.

De fait, les flamants n’ont rien de solitaires et recherchent les lieux permettant ces immenses rassemblements. Pour ce qui est des flamants nains, ils apprécient tout particulièrement ces zones toxiques et salées.

Mais de tels endroits sont rares. Pour les six espèces de flamants, on a identifié une trentaine de lieux de reproduction seulement dans le monde ; et la population des 3,2 millions de flamants nains ne repose que sur quelques groupes. 75 % de leur population se reproduit ainsi au seul lac Natron en Tanzanie.

Qu’adviendrait-il si ces sites étaient menacés ?

> La suite ici, sur The Conversation (merci Sarah pour l’info)