« Le pape de l’art pauvre », le film !

Ma nouvelle polar humoristique, « Le pape de l’art pauvre », parue initialement en 1996 au Editions de La Loupiote, puis en 1998, chez Librio Noir dans le recueil « Un quart d’heure pas plus et autres nouvelles », a été (fort bien) adaptée en court-métrage sous le titre de « Salut l’artisse ! », par Francis Gomez et toute une équipe formidable d’acteurs et de techniciens. Un long travail de préparation et de repérages qui les a occupé plus de deux ans.
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Utopitreries de Ruminghem

Prés de Calais se trouve le village de Ruminghem où depuis dix ans se déroule en mai le festival des « Utopitreries », à l’initiative d’une association épatante, « La Note Bleue » qui est extrêmement active et mène des activités plus que diversifiées, du théâtre à l’animation scolaire, de la danse aux sorties culturelles, de la musique aux grands projets délirants, de l’éducation populaire aux conférences, clowneries et expositions…. C’est un bouillonnement étonnant, et je le crois, plutôt unique.
Cette année Les Utopitreries se déroulent du 11 au 16 mai. Voici le programme. Le spectacle de dimanche 17 mai « Ça va mieux en l’disant » mis en scène par Pascal Roumazeilles a été écrit par moi (et amélioré par la troupe au fil des répétitions) à partir de collectages de paroles effectués par Pascal. Une bouffonnerie sous forme de fausse émission TV qui revient sur les dix d’activités de La Note Bleue. Comme tout le reste des Utopitreries, c’est à ne pas manquer…

(Cliquez sur le programme pour l’agrandir)

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Les saigneurs : pièce de théâtre disponible (drame – 2 personnages)

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J’ai le plaisir (en fait le regret) de vous annoncer que j’ai décidé de « libérer » une pièce de théâtre écrite par moi (avec l’aide du metteur en scène Dominique Champetier) il y a bientôt 5 ans.

Cette pièce, considérée par de nombreux professionnels du théâtre comme, pas moins, « un chef d’œuvre », un texte « inoubliable », « génial » et qui a connu pas moins d’une quinzaine de versions avant d’être aboutie (et déclenché aussi une dépression chez moi), n’a pas trouvé producteur durant toutes ces années malgré l’engagement et l’énergie très importants du metteur en scène Dominique Champetier, et de ses deux acteurs pressentis Thomas Chabrol et Stéphane Boucher ; acteurs parfaits pour chacun des rôles, que je remercie encore ici. Ces derniers, très motivés, l’ont lue des dizaines de fois devant des parterres de professionnels et de producteurs des plus éminents (notamment à la Gaité Montparnasse, au Théâtre de la Renaissance, etc.) afin de trouver un producteur, au point à la fin quasiment de la jouer tant ils connaissaient le texte.

Elle a bénéficié aussi fut un temps d’un fort engagement (voire démesuré) de Bernard Pierre Donnadieu l’année précédent son décès. Il y voyait un (dernier?) grand rôle pour lui qui était obsédé par le film Looking for Richard (documentaire d’Al Pacino extraordinaire), le personnage de Richard III et Le Discours de La Servitude volontaire d’Etienne de la Boetie.

Cette pièce n’a pas été produite malgré moult rebondissements et l’engagement à la fin d’un grand producteur de théâtre parisien parce que considérée comme trop déprimante, trop grave, sinon trop politique ou subversive, eu égard à une économie du théâtre qui cherche plutôt « ce qui marche » et remplit donc le théâtre privé avec de la comédie et des têtes d’affiche. (Elle a été lue par bien des acteurs actuels dits bankable sur conseil de leur agent (on sera discret sur les noms, même s’ils se disent toujours politiquement concernés, qui l’ont trouvée remarquable, mais le texte n’entrait, en quelque sorte, pas dans leur « profil de carrière »). Sans doute notre tort a-t-il été de ne vouloir la monter que dans le théâtre privé, avec des jauges assez importantes : et personne n’a pris le risque financier.

Bon alors, ça raconte quoi ? 
Cette pièce, qui est ma dernière tentative à l’époque d’écriture de fiction à visée professionnelle après mes déboires dans l’édition et le cinéma, m’a été inspiré d’un des films qui m’a le plus fasciné dans la vie : Le Limier de Mankiewicz (scénario d’Harold Pinter), adaptant la pièce éponyme d’Anthony Schaeffer. Sachant que je suis, en terme de théâtre, sous l’influence de la pièce Oleanna de David Mamet, du théâtre de Tennessee Williams et de celui, encore lui, d’Harold Pinter (et de ses scénarios, notamment The Servant, de Joseph Losey), et enfin du Souper de Jean-Claude Brisville. Seule m’intéresse au théâtre la rencontre entre deux personnages (trois max), au-delà, c’est du divertissement. Pourquoi ? Parce que toute chose : une histoire d’amour, une guerre ou une crise mondiale, ou je ne sais quoi comme un passage une demi heure dans une piaule du Fouquet’s après une élection présidentielle, est peu ou prou décidé à un moment ou un autre par l’interaction entre deux personnes. Et ça, c’est intéressant. Le reste, c’est de la 3D.

Bref. Voici le pitch de « Les Saigneurs » (titre trouvé par Dominique Champetier) pièce en deux actes, intitulée au départ « Win-Win » (« Gagnant-Gagnant », mais il paraît que cela faisait trop « Pouic Pouic »), mais passons :

Le DRH d’un grand groupe industriel, quinquagénaire autodidacte monté dans l’entreprise échelon par échelon, a mis en place une politique de pressurisation de tous les cadres, à tous niveaux, de sa société. Le personnel est à cran, mais la production et la valeur de l’action s’en portent remarquablement. Arrive un audit, fils de grande famille parachuté au conseil d’administration restreint, plus jeune, qui lui explique que s’en est fini pour lui car la concurrence a fait mieux l’an dernier en terme de valeur de l’action, lors du paiement de dividendes. Comment ? Ils ont eu des suicides de grands cadres, et leur service communication a réussi a inverser l’image en plaidant l’engagement ultime pour le consommateur, prouvant au marché que leur entreprise fait tout pour être la meilleure. L’actionnaire a suivi et la concurrence s’est vue valorisée sur le marché. Or, dans l’entreprise pressurée par notre DRH il n’y a pas eu de suicide de cadres. Le marché peut craindre que l’entreprise soit molle et s’en désintéresser. L’audit veut donc, afin de rattraper le coup et de faire comme la concurrence, qu’il y ait un suicide de haut cadre chez eux aussi. Pour ce faire il communique au DRH une liste de types à cran sur lesquels il n’y a plus qu’à appuyer. Le DRH refuse, alors l’audit décide de le persuader que c’est à lui de se suicider : d’une part pour son bien et pour avoir une sortie de carrière honorable car il est à bout de souffle, d’autre part pour l’entreprise et donner un sens, du coup, par cet engagement ultime, à sa carrière…

Je précise que ce texte était terminé dans une de ses versions des plus abouties un an avant les premiers suicides chez France Telecom.

Deux acteurs ; un seul plateau, peu d’accessoires et décors

Je mets ce texte à disposition. Toutefois, compte tenu de ses mésaventures douloureuses et en hommage à l’engagement mémorable dont ont fait preuve Dominique Champetier, Thomas Chabrol et Stéphane Boucher toutes ces années je préfère prévenir que cette pièce n’est pas bradée. Je ne communiquerai le texte :
– que si seulement on me fait la preuve d’être une structure, une compagnie, une scène, une troupe sérieuse et ambitieuse, professionnelle. Si vous faites habituellement du Boulevard, c’est inutile. Les rôles sont durs et soutenus ; il faut du métier.
– que si on me garantit que le message politique implicite ne sera pas détourné (ce n’est pas frontalement politique, jamais. L’ambition première est de plaquer au fauteuil les spectateurs assistant à l’affrontement, et se voyant renvoyés à leur propre vécu d’entreprise). toutefois si des adaptations du texte sont nécessaires, je ne ferai pas de crise d’égo ; je ne suis pas un auteur chiant. Mais je ne veux simplement pas me retrouver avec une comédie qui valide le système.
– que tout pourra être contractuellement fait dans les règles de l’art. Les droits d’auteurs seront répartis entre Dominique Champetier et moi-même. Cette pièce est déposée.

Voilà. On peut m’écrire ici : francismizio@wanadoo.fr

Vidéo de ma participation à la Pechakucha Night de Nantes du 17 décembre 2013

Je fus un des participants de la Pechakucha Night, le mardi 17 décembre à l’ENSA de Nantes. Une Pechakucha consiste à présenter quelque chose de lié majoritairement à la création en 20 diapos de 20 secondes. Pour ma part, j’ai prix l’exemple du « fou littéraire » le marquis de Camarasa qui passa une partie de sa vie à écrire un livre sur « pourquoi on pousse une brouette plutôt qu’on ne la tire » pour avertir des dangers de la création (et j’ai eu du mal à tenir dans le temps imparti !). L’enregistrement ci-dessous se trouve sur le site mondial des Pechakucha.

> Pour en savoir plus  et pour > s’inscrire pour de prochaines Pechakucha.

Projection de « Mon Lapin bleu » de Gérard Alle, le 18 janvier à Nantes

AVIS AUX NANTAIS QUI AIMENT LES BARS
(C’est à dire toutes et tous).

L’ami écrivain Gérard Alle présentera samedi 18 janvier à Nantes son documentaire « Mon lapin bleu » tourné dans un étonnant bistrot sis à Pouldreuzic (Finistère). 52 minutes avec Yvonne et ses clients de passage, parfois du bout du monde… Humanité, solidarité, humour : roboratif et touchant.
Ce sera samedi 18 janvier, à 20h, au restaurant-bistrot Lulu La Nantaise, 48, boulevard de la Prairie-aux-Ducs, chez Marine qui ouvre exceptionnellement pour cette belle occasion.
Ouverture à 18h30, projection à 20h. Gérard causera aussi avec vous et dédicacera ses livres et DVD. Réservation très conseillée. On pourra boire et manger. Une participation de 3.50€ est demandée. Contact et réservation au bistrot-restaurant Lulu La Nantaise : tél. 02 40 12 14 50.
Des infos, un teaser, etc > en passant ici.

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Précisions sur la biographie officielle de Ludovine Lucas, dite « Lulu La Nantaise »

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Depuis l’hommage à M. Lautner et aux 50 piges des Tontons Flingueurs effectué au cinéma Bonne Garde de Nantes avec le groupe « Lulu La Nantaise » du 6 au 9 novembre 2013, l’inauguration de la rue des Tontons Flingueurs le 9 novembre 2013 et le décès 15 jours après de M. Lautner, sont parus des centaines d’articles, chroniques radio et sujets TV (> lire le discours de l’inauguration). Très souvent, ils font allusion à la plaque que nous avons déposé au 92, quai de la fosse à Nantes le 23 octobre 2012, mais écorchent le nom de Lulu, écrivant Ludivine, et non Ludovine, et enfin prenant parfois des libertés par méconnaissance ou documentation parcellaire sur la vie de la blonde comac.

front Faáon Puzzle Lulu la NantaiseJe voudrais rappeler que ce personnage dont on ne savait rien hormis une allusion par les dialogues de M. Audiard dans la scène de la cuisine des Tontons Flingueurs dispose d’une biographie officielle depuis le 6 novembre 2012 : c’est moi qui l’a écrite à la demande du groupe Lulu la Nantaise, trop heureux de donner vie à un personnage célèbre, alors qu’on ne savait rien d’elle. Cette biographie « L’EXACTE ET VERIDIQUE HISTOIRE VRAIE ET VERIFIABLE DE LA VERITABLE ET UNIQUE LULU LA NANTAISE » représente une partie du chapitre 3 de la novella incluse dans le livret du 2e album du groupe Lulu La Nantaise, sorti le 6 novembre 2012.

Afin de cesser, je l’espère (gentiment), de lire des erreurs sur Ludovine, j’ai décidé de publier ici sa biographie officielle. on retrouvera l’intégralité du texte -où on apprend son décès, à l’âge de 100 ans le 23 septembre 2012, et de ses funérailles le 25 septembre, au cimetière de la Miséricorde à Nantes.

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L’EXACTE ET VERIDIQUE HISTOIRE VRAIE ET VERIFIABLE
DE LA VERITABLE ET UNIQUE LULU LA NANTAISE
(extrait du chapitre 3 – Biographie de Lulu La Nantaise)

Ludovine Lucas, née le 23 septembre 1912 à Trentemoult d’un père pêcheur de civelles et d’une mère lavandière polonaise alcoolique qui buvait du tord-boyau au petit déjeuner, en a bavé très tôt : orpheline à quinze ans à la suite de l’explosion dans la cuisine de la colle à poisson mélangée à un breuvage de pommes/betteraves distillé en douce par son père qui se rêvait chimiste, elle se retrouve à tapiner en 1928 sur le quai de la fosse. 16 ans et déjà à récolter les asperges : les belles promesses du bellâtre qui devaient la faire rentrer dans le cinéma, elle, la jeune fille si bien roulée se sont avérées être un traquenard. Même pas de caméra, et la comédie n’est que perpétuellement pornographique et désespérante, entre deux dérouillées.
Pour Ludovine, déjà surnommée La petite Lu qui fait son beurre, Le biscuit doré de la fièvre utile, puis plus tard tout simplement Lulu, ce seront des années de misère et d’arpentage du trottoir au plus bas niveau des dames de la retape pour des maquereaux de troisième catégorie, avant de rentrer dans le cheptel, en 1946, de Dédé la Trompette, le fameux caïd de la rive, originaire de Chantenay, pote avec un certain Auguste Le Breton qui fera plus tard l’écrivain, et se rendra célèbre en inventant le mot nantais rififi. Dédé la Trompette la protège ; elle est sa favorite grâce à ses talents : c’est-à-dire qu’elle se fait juste un peu moins battrre comme plâtre que les autres.
Elle met un peu d’oseille de côté grâce aux navires américains dans le port -entre les marins amateurs de petites françaises et le trafic de cigarettes- elle apprend un peu l’anglais, et arrive même en loucedé à se faire des loisirs. Sa grande passion, sa perte : le cinéma. Le cinéma qui sera si influent sur vie, à un point même qu’on ne soupçonne pas.
Le 1er décembre 1947, c’est la sortie du film les Ziegfield Follies au Katorza. Le film, adaptation d’un spectacle de music hall, aura la palme d’or de Cannes cette année là. Lulu découvre la comédie musicale, mais surtout l’incroyablement beau et magnétique Gene Kelly… Elle s’achète les revues de cinéma Cinémonde et Cinévie et découvre qu’elle est née le même jour que sa star ! La revue lui tombe des mains. Gene, son Gene et elle ont exactement le même âge.
Mais elle, elle, tapine sur le quai de la fesse au lieu d’avoir fait l’actrice. La palme d’or, ce n’est pas pour elle. Cela ne le sera jamais.
C’est l’électrochoc. Ludovine Lucas, dite Lulu la Nantaise décide de tout planter : Dédé la Trompette, les michetons, la vie sordide. Elle a 35 ans, c’est encore une belle blonde gironde malgré ses 19 ans de tapin; elle s’est mise de côté quelques éconocroques et surtout, elle n’a pas envie de finir prématurément, épuisée, variqueuse ou vénérienne, puisqu’elle a eu la chance de passer au travers jusque là.
Merci Gene Kelly : tu m’as réveillée.
Elle décide de prendre le premier bateau dès qu’elle se sent prête. Un matin de 1948, le bateau du destin part au Vietnam, qui vient de passer sous protectorat français. Quelques pipes magistrales et gratuites plus tard et des promesses d’agrémenter le séjour des matelots en mer : voici Lulu qui se retrouve à Saïgon deux mois plus tard. Une nouvelle vie. Lulu, que le bon air de la mer et l’ordinaire du paquebot et les cadences moins infernales que sous la houlette de Dédé ont requinquée, arrive splendide et en pleine forme à Saïgon.
Là, une grande blonde comme ça se fait vite remarquer par les locaux au pouvoir, au milieu des viets hauts comme trois pommes et bruns comme le charbon des canonnières. Elle arrondit sa fortune, puis recrute une dizaine de locales et installe un claque. Elle trouve une une jolie petite maisonnette avec des volets rouges non loin de la Capitale, à Biên Hòa, au sud du pays. Des volets rouges comme ceux devant lesquels elle faisait les cent pas Quai de la Fosse. Une base aérienne française à côté fournit le chaland en abondance.
Le client est toujours généreux avant de partir se faire tuer en opération en Indochine, où la guerre fait rage. La blonde Lulu est magnifique ; sa petite entreprise florissante. Les clients défilent et certains investissent des sommes conséquentes pour avoir les rares faveurs qu’accorde la maquerelle qui sent si bon la France qui leur manque —et est une vraie blonde, elle. Mais toujours, toujours, Lulu garde en elle l’image de Gene Kelly. C’est son double, c’est lui qui doit lui servir de modèle, d’objectif, de ligne de conduite. Lulu la Nantaise veut sortir d’une vie qui ne lui convient pas. Elle se fait son cinéma. Elle a l’air radieuse comme ça ; on la voit aux bras de personnalités du coin, vêtue comme une poule de luxe ou une starlette, mais Lulu sait très bien grâce à quel savoir-faire elle obtient tout cela.
Les feuilles mortes se ramassent à pelle, les souvenirs et les regrets aussi, écrit Kosma. Pour Lulu, ce sont les années qui s’enfilent, les clients et leurs bites aussi : dans la maison aux volets rouges devenue fameuse, on y croise de tout chez la quadragénaire radieuse. Pas que du militaire ou de l’aventurier de passage : des malfrats aussi, des acteurs, des écrivains, un journaliste passionné de cinéma et de retour de Pékin ; Michel A. qui deviendra plus tard un fameux scénariste et dialoguiste ; Serge G. un peintre et musicien en dérive éperdue, ivre d’alcools et de femmes, qui vient de divorcer d’une princesse russe et qui fera l’année d’après une chanson, un tube daté 58, en pensant à elle…
Souvent Ludovine aura souffert. Des blessures. Des humiliations que l’on n’imagine pas. Oh, ce n’est pas s’enfiler des bites et être une pute qui est le plus terrible. Non, c’est de ne plus se posséder soi-même et cela passe encore par le cinéma et sa vie. Toujours le cinéma qui vient bousculer la donne. En 1963, un film sort, un polar de comédie : les acteurs dans la cuisine sont en train de se cuiter et là, surprise, ils parlent d’elle. Ils parlent de sa maison aux volets rouges.
Le nom de Lulu la Nantaise devient connu. Elle se sent définitivement spoliée. Elle a 51 ans, et, déjà, on lui aura tout pris : sa carrière d’actrice, son identité. Elle est devenue un type de personnage, une image… mais pas un personnage incarné, et certes pas une icône. Ce monde d’hommes, de prédateurs, est bien cruel.
Ce soir là, Lulu sort du cinéma en larmes. Il y aura d’autres fois.
La France a cessée d’administrer le Vietnam en 54, mais Lulu a eu ses protecteurs. Madame Lulu respectable et respectée, intouchable, gardera l’établissement jusqu’en 1967.
Une vie de maquerelle de 55 ans, bien remplie est derrière elle lorsque un soir de 1967 elle se rend à Saïgon : on y projette dans un bar français la copie d’un film d’un nantais, Jacques Demy, « Les demoiselles de Rochefort » où joue son chéri, toujours resté dans un coin de sa mémoire, le beau Gene Kelly. Là, dans la salle devant une mauvaise bière Lulu craque. Elle fond en sanglot : Gene a tourné en France, il était en France, à Nantes ! La France carte postale pastel de Demy malgré le tournage en décors naturels causes à la maquerelle son deuxième électrochoc.
C’est décidé, elle rentre. Marre du niah-koué.
Quand Ludovine, 55 ans, revient à Nantes, il se passe ce que Barbara la femme en noire aura chanté la première fois en 1963, en souvenir de l’enterrement de son père : Il pleut. Lulu s’en tape : le soleil est dans son cœur. Le quai de la Fosse a déjà bien changé, Dédé est mort guillotiné d’avoir un peu trop plombé de ciment certaines de ses pouliches, mais elle, maintenant, est revenue. Et elle est riche : elle ne tapinera plus comme une pauvresse. Mme Lucas, qui se mélange un peu les langues, le vietnamien, l’anglais et des termes du parler nantais tombé depuis en désuétude, s’achète deux étages et une respectabilité de façade dans un immeuble luxueux ayant appartenu à une famille de négriers. Elle y monte un lupanar de luxe, mais avec des formules de prix accessibles aux gars des chantiers et aux flics. Dans ses bagages il y avait cinq filles de qualité différentes. L’époque a changé et il faut raisonner en gammes.
Au Vietnam ils étaient friands de blondes ; à Nantes ils sont gourmands des frêles asiates. Les affaires reprennent de plus belle entre les dockers rouges et noirs qui viennent claquer leur paie de semaine et la bourgeoisie nantaise patronale et catholique qui vient se faire des émotions par une porte dérobée. Lulu pense toujours à son Gene Kelly, mais l’âge venant, elle se fait une raison : que ferait-elle d’autre que ce qu’elle a toujours fait ? Elle est restée belle femme, mais le cinéma, hélas, restera un rêve de jeunette.
La base de base de Biên Hòa ferme en 1973 et la petite maison aux volets rouges de Lulu La Nantaise est devenue une antenne du parti communiste. A Nantes, c’est en 1987 que la fin des chantiers navals nantais est bouclée. Lulu a revendu quelques années plus tôt ses deux étages à un couple de jeunes parvenus, des publicitaires, des « créas » qui estiment que la ville va changer et se vivent comme des colons venus défricher le « far ouest ». Ils sont fats, ils parlent bizarrement. Leurs potes ne vont plus aux putes, mais dans des bars à hôtesses. Lulu la Nantaise a 75 ans et il est plus que temps de se ranger des affaires.
Alors elle mêne sa petite vie de rentière, tranquille mimile. Elle se fait des films empruntés à la médiathèque Demy ; elle se repasse en boucle les Gene Kelly. La solitude ne lui pèse pas : des hommes elle en a eu plus que son compte, et elle ne les connaît que trop bien. Pas d’enfant, pas de petits enfants… A quoi bon dans ce monde qui n’aura fait que se dégrader, à peine la tête sortie du n’importe quoi ? La vie devrait être comme au cinéma. Elle a une santé de fer, hormis une hanche qui la titille. Trop de levrettes en une vie peut-être -et la voici avec une canne.
Elle a 84 ans, quand son Gene meurt. C’était un deux févier 1996. On lui fait des hommages, on parle de sa palme d’or, de son talent, sa beauté, son charme.
Lulu pleure comme son seul grand amour, comme elle n’a jamais pleuré.

(…)

Pour savoir comment Ludovine va braquer les palmes d’or du Festival de Cannes avec l’aide du groupe Lulu La Nantaise, et l’histoire de ses derniers jours à l’âge de 100 ans, et comment le groupe est devenu sont héritier, lisez la novella incluse dans le livret du 2e album ! (extraits rubrique AUDIO, commandes rubriques ACHETEZ L’ALBUM)

Texte du discours de l’inauguration de la rue des Tontons Flingueurs

Voici le texte que j’ai prononcé le 9 novembre 2013 à Nantes, 15 jours avant que  M. Lautner, hélas, nous quitte. (photo : Ouest-France) Merci aux choristes Carole et Mathilde.

inauguration

DISCOURS D’INAUGURATION DE LA RUE DES TONTONS FLINGUEURS

9 Novembre 2013 – 10h30 – Nantes

Préambule : ceci est le premier discours au monde politique, municipal et de voirie, avec choristes. C’est à cette occasion une tentative de relancer l’intérêt citoyen pour la vie de la cité au travers d’une nouvelle forme d’expression institutionnelle.
Enfin, M. Lautner étant excusé à son grand dam depuis hier après-midi, je n’ai pas changé une ligne de ce discours.
(Les mots en italiques ont été chantés ou clamés par les choristes présentes sur la photo)

Cher monsieur Georges Lautner,
Cher monsieur Venantini
Cher Michel, à qui ce discours va beaucoup devoir,
Cher Lino, cher Bernard, cher Francis, cher Jean, cher Robert, cher Jacques… et d’autres, qui sont excusés façon puzzle, mais qui sont avec nous, avec vous, cher public et adorateur de l’œuvre de M. Lautner,
Chère mairie, chers messieurs de la police : je voudrais pas paraître vieux jeu ni encore moins grossier. L’homme de la Pampa parfois rude reste toujours courtois mais la vérité m’oblige à vous le dire : c’est un honneur immense qui m’est attribué de pouvoir discourir à l’occasion du baptême de cette rue qui désormais portera le nom d’une bande de gangsters, rue des Tontons Flingueurs.

Le 23 octobre 2012, il y a un peu plus d’un an, nous commémorions à quelques mètres d’ici la mémoire de Mademoiselle Ludovine Lucas, alias Lulu La Nantaise, qui œuvra sur le pavé durant plusieurs années avant de s’en aller ouvrir un établissement de limonade et de galipettes plutôt pour hommes à Bien Hoa, près de Saïgon, et devenir si précieuse, M. Lautner, à vos Tontons Flingueurs, qui grâce à vous, sont devenus les nôtres.

J’expliquai il y a un an que nous étions, en cette ville de Nantes, tous des enfants de Lulu La Nantaise. Or nous savons aussi depuis 50 ans, M. Lautner, que les Français sont 66 millions de nièces et de neveux de vos Tontons. Bref, c’est une certaine idée de la famille que nous sommes en train aujourd’hui de célébrer. Et cette famille elle se disperse, elle se ventile, elle s’éparpille.

En effet, quel meilleur hommage que de baptiser cette rue Rue des Tontons Flingueurs ici même, face à la rive opposé où demeure la mémoire des quais et des chantiers de Nantes, de leurs marins qui ont ce besoin curieux de faire des phrases, et de leurs, hélas depuis, pontons flingués ?

Ici vécut tout un monde d’ouvrier et de canailles, de dockers et de mauvais garçons, de femmes méritantes et d’autres qui en méritaient, de petits commerces et de grosses commissions, -je parle bien sûr des fortunes de certains qui, ici, se bâtirent… Oui, il y eut du labeur, de la peine, mais aussi de la solidarité et de l’espoir, et des rires et des chants dans l’île à éléphant. Toute une représentation, en somme, du peuple ; celui qui a une culture populaire, avant que les agences immobilières pour nantis ne qualifient les quartiers de populeux.

Or, M. Lautner, vos Tontons parisiens dont les parcours de vie furent sans doute aussi sinueux que les civelles qui pullulèrent en Loire sont indéniablement des gens de ce peuple, et sont Nantais parce qu’ils ont aimé la blonde comac Lulu La Nantaise. C’est pourquoi 50 ans après ils restent dans les cœurs, dans les esprits. C’est pourquoi nous avons toutes et tous adopté vos Tontons, et que nous les aimons.

Avant de dévoiler la plaque, je voudrais dire un mot sur l’ancien nom de cette rue, car les coïncidences sont troublantes, et vous le savez on le dit toujours : la rue parle, il faut écouter la rue. Michel Le Lou, Seigneur du Breil et de la Haye portait la charge de Maistre des Comptes et devint maire de Nantes un 22 octobre 1572, il y a 441 ans aujourd’hui, 440 ans moins un jour exactement avant la pose de la plaque en hommage à Mademoiselle Lulu. Il eut en 2e mariage pour épouse Madame Bonne de Troyes dont le premier mari avait été Général des finances. N’est-il pas curieux qu’aujourd’hui une bande de Tontons flingueurs prenne la relève derrière de grands argentiers ? Des gens, qui à n’en pas douter ne connaissaient pas Raoul ? Que le peuple efface un passé d’enrichissement gagné au détriment de ceux qui gagnent leur pain, leur vin, et leurs butins à la sueur de leur front ? Une fois de plus, on le voit, cette plaque des Tontons Flingueurs recouvrant la précédente si aristocratique fait figure d’un juste braquage. C’est une œuvre du cœur. C’est la revanche de la roture ! Car rappelons-nous qu’il ne faut pas engourdir le pognon de la nièce ! De la nièce des Tontons ! Et gageons que Maître Folace, s’il avait vécu vêtu d’une armure aurait brandi sa masse d’armes devant sa Seigneurie Bonne de Troyes en criant : « Ne touchoit nenni au grisbi, salospe ! ». Aussi le fait que les Tontons recouvrent Michel Le Lou, Seigneur du Breil, et le renvoient au terminus des prétentieux, donne sens à l’Histoire.

Désormais cette rue que l’on jadis baptisa aristocratiquement, administrativement et financièrement, alors qu’y œuvrèrent ici des consœurs de Mademoiselle Lulu et les fameuses « fluctuations de la fesse », hé bien cette rue ne sentira plus l’écu, mais le billet pascal de 500 balles en liasses de mille. Elle sentira aussi le bizarre, les sandouiches beurrés, la pomme et la betterave. Elle sentira les parfums d’un Orient colonial perdu, la poudre de revolver, la poussière de plâtre à cause des termites, et le musc des demoiselles. Et gageons que les 66 millions de Français qui viendront y humer toute une atmosphère qui leur correspond, en l’arpentant, vous remercieront encore et encore, et pour très longtemps, M. Lautner. Et c’est pour ça que je me permets d’intimer l’ordre à certains salisseurs de mémoire qu’ils feraient mieux de fermer leur claque-merde !
Je vous remercie. Procédons maintenant si vous le voulez bien, etc.